Charlotte Perriand, architecte

Tout au long de sa « Vie de création », Charlotte Perriand (1903-1999) n’a cessé de lier son goût de la montagne au contact de laquelle elle trouvait ressourcement et autonomie, à son désir de résoudre et d’inventer pour l’homme contemporain le cadre spatial, fonctionnel, simple et commode, toujours adapté aux conditions d’une vie confrontée aux rigueurs de la nature et de l’altitude. Son parcours professionnel est traversé par une multitude de réalisations et de projets liées à l’essor des loisirs à la montagne, en particuliers le ski. Dans les années 30, elle conçoit des habitats de loisir, maisons de week-end, refuges, en altitude pour alpinistes et skieurs, par l’emploi de systèmes constructifs préfabriqués en bois et en métal, incluant les agencements intérieurs.

Pour le 5e congrès des CIAM (Congrès internationaux d’architecture moderne) consacré aux loisirs, elle contribue à définir les « zones de loisirs en haute montagne  », véritable manifeste préfigurant ce que devraient être les grandes stations de sports d’hiver. Nous constatons qu’après la dispersion des énergies physiques et psychiques en ville, l’organisme a besoin, pour une rapide récupération, de la réaction violente que seul peut donner le contact direct avec la nature la plus âpre. Il s’impose donc de déterminer les zones de « loisirs intégral » (CIAM, 1936).

En 1938-1939, avec Pierre Jeanneret et Le Corbusier, elle esquisse le projet d’une station de sports d’hiver au col de Vars. Elle participe à l’équipement des premiers hôtels de Méribel-les-Allues, travail qu’elle poursuivra après la guerre.

En 1962, Ch. Perriand se lance dans l’aventure du concours d’aménagement de la vallée des Belleville qui prévoit la création de trois stations (Les Menuires, les Roberty et Val-Thorens) d’une capacité totale de 25 000 lits. En 1966 elle coordonne la publication d’un numéro spécial de la revue L’Architecture d’aujourd’hui consacré aux constructions en montagne.

C’est avec l’opération des Arcs que Ch. Perriand réalise sa plus grande œuvre. Cette opération complexe d’urbanisme et d’architecture en site vierge est celle qui l’a mobilisé le plus et le plus longtemps, puisqu’elle y consacre vingt ans de sa vie, entre 1967 et 1989. La station des Arcs s’appuie sur les principes de la « zone de loisirs de haute montagne » développée dans la période pionnière de l’avant-guerre pour répondre aux préoccupations d’une société d’abondance confrontée aux besoins nouveaux issus des loisirs de masse. « Les loisirs pour tous  », tel est le projet auquel Ch. Perriand n’a cessé de travailler.