Sylvie et Éric Boissonnas, promoteurs

Éric Boissonnas (1913-2005), géophysicien de formation, assure pendant quatorze ans (1946-1959) la fonction de directeur de laboratoire à la société Schlumberger installée dans le Connecticut aux Etats-Unis, avant de s’engager, au côté de son épouse Sylvie Schlumberger (1912-1999) et de son frère Rémi Boissonnas (directeur de la banque de l’Union Parisienne) dans la création de la station de Flaine. Alpinistes et skieurs, ils ont "l’idée de créer quelque part en France un prototype d’urbanisme, d’architecture et de design, pour lequel la rentabilité immédiate serait subordonnée aux choix esthétiques et au respect de l’environnement […] L’aménagement de la montagne était dans l’air et les sports d’hiver commençaient à devenir à la mode" (É. Boissonnas).

Guidé par l’architecte urbaniste G. Chervaz, É. Boissonnas découvre au cours de l’hiver 1959, le site de Flaine, site très isolé où l’on pouvait avoir les coudées franches et le cadre exceptionnel indispensable à notre ambition (E. Boissonnas). En 1960, E. Boissonnas rassemble les équipes techniques nécessaires à la mise en œuvre du projet : l’ingénieur F. Berlottier pour diriger la S.A.G. (Société d’aménagement du massif Arve-Giffre) et la S.E.PA.D. (Société d’Études, de Participation et de Développement), sociétés chargées de l’aménagement, de la réalisation et de la commercialisation de la station intégrée, et un groupe d’architectes francophones (L. Chappis, G. Chervaz, André Gaillard et D. Pradelle), expérimentés dans le domaine de l’aménagement des stations d’altitude. Il nomme aussi un architecte dont le prestige soit tel que son autorité ne puisse être discuté. Il choisit l’américain M. Breuer, un des maîtres de l’architecture contemporaine que le couple Boissonnas connaissait. Nous admirions son talent, sa manière de se remettre constamment en question, son aptitude à voir aussitôt le parti qu’il pouvait tirer d’une nouvelle technique, et aussi, très important, son contact humain plein de chaleur qui devait rendre possible sa coopération avec les architectes et urbanistes français (E. Boissonnas).

Les architectes signent ensemble le plan de masse, mais l’équipe se désagrège (retraits successifs de D. Pradelle, L. Chappis et André Gaillard en 1961) faute d’un accord sur l’architecture que M. Breuer réalise en totalité, G. Chervaz conservant un rôle de conseil. Par ailleurs S. et E. Boissonnas créent à Flaine dès 1968 le Centre d’Art alliant art contemporain et sport de montagne, les associations Flaine musique et La Culture pour vivre. Soucieuse d’enraciner le Centre d’Art dans sa région, j’ai souhaité avoir une approche plus directe et humaine de l’existence de ses habitants (S. Boissonnas), développant ainsi un espace ethnographique consacré aux modes de vie des populations des villages avoisinants en voie de disparition ou de transformation. Avec la fondation Scaler (Science, Culture, Art, Littérature, Education et Religion) fondée par S. et E. Boissonnas dans les années 50, ils contribuent à Paris à l’enrichissement du Musée national d’Art Moderne et au début des années 70 à la création du centre Georges Pompidou.