Un domaine skiable déterminant

En 1936, l’État décide de créer une « super station » composée d’hôtels, de chalets, de magasins, d’équipements. Les initiatives de stations en site vierge se multiplient en haute altitude. Des projets naissent, sous l’égide de financiers assistés d’architectes, d’urbanistes, d’ingénieurs et de skieurs, mais faute de crédits, peu se réalisent. Les premières, comme Méribel-les-Allues, procèdent d’un plan d’ensemble, élaboré en 1938 par les architectes Paul-Jacques Grillo et Christian Durupt.

A la Libération, pour favoriser la pratique sportive du plus grand nombre, l’Etat affirme sa volonté d’ouvrir la montagne à la jeunesse française. Il finance les routes d’accès, l’achat et la viabilisation des terrains, l’aménagement des pistes et la construction des remontées mécaniques, exploitées par les collectivités. Une approche cohérente se développe. En 1946, sous la conduite des architectes urbanistes Laurent Chappis et Denys Pradelle, la station idéale devient réalité sur l’alpage des Tovets où s’édifiera Courchevel 1850. Puis suivront Tignes-le-Lac (1952), Chamrousse (1952-1959), Vars-les-Claux et Merlette (1962). Ces premières stations en site vierge, conçues avant tout comme des centres sportifs, sont aussi des lieux de résidence hivernale situés dans des zones auparavant inhabitées. Le domaine skiable et les tracés convergents des pistes déterminent le lieu d’implantation de la station. L’organisation est fonctionnelle, avec une urbanisation modelée par la « grenouillère », espace central séparant les pistes de ski et les remontées mécaniques, des lieux réservés aux résidences, aux commerces et aux automobiles. Les collectivités publiques acquièrent les terrains et mettent en œuvre le plan d’urbanisme, généralement sous la forme de lotissements. Les réalisations se font au coup par coup, sous le contrôle d’un architecte urbaniste afin de favoriser une homogénéité générale, en dépassant la séparation habituelle entre urbanisme et architecture. Ainsi émerge l’intuition de Courchevel 1850, imaginé comme un village alpin d’un genre nouveau.