Roger Godino, aménageur

Né en 1930, ingénieur polytechnicien et ancien élève de l’université de Harvard et du Massachusetts Institute of Technology, Roger Godino fonde en 1958 à Fontainebleau l’INSEAD (Institut européen de l’administration des affaires) qui enseigne le « management de l’innovation ».

En 1961, il passe de la théorie à la pratique et se lance dans la création d’une station de sports d’hiver qu’il conçoit comme une alternative économique au développement de la vallée de la Tarentaise après l’achèvement des grands chantiers d’équipements hydroélectriques (Malgovert, Tignes, Roselend). Après une première étude de marché sur la pratique des sports d’hiver, « le marché de la neige », il est convaincu de l’expansion des sports d’hiver, conséquence de l’essor démographique de l’après guerre. L’étude prévoit pour la France un million de skieurs en 1968 et cinq millions en 1980, alors qu’il en est décompté 100 000 en 1958. Il ne veut pas construire une « usine à ski », mais créer une « station entreprise ». Il souhaite "une nouvelle approche humaniste des vacances en offrant à la montagne, dans un cadre d’une grande beauté, une occasion de développement personnel, sportif et culturel dans un climat de liberté et à des prix acceptables" (R. Godino).

Pour remédier à l’absence de fonds propres nécessaires à la construction de la station, R. Godino crée en 1966 le CIMARC (Club des actionnaires des montagnes de l’Arc), constitué de souscripteurs, devenus ambassadeurs du projet, qui bénéficieront d’acquisitions immobilières à prix coûtant. Il crée la même année la Société des Montagnes de l’Arc (SMA), chargée de réaliser toute la station, depuis l’acquisition des terrains jusqu’à l’animation culturelle et sportive, en passant par l’installation des remontées mécaniques, l’aménagement du domaine skiable, la construction des immeubles résidentiels et leur commercialisation. R. Godino peut lancer la station des Arcs dont les études sont engagées depuis 1960.

En 1967, frappé par la singularité des premières réalisations d’Avoriaz, et sur les conseils de D. Pradelle et de l’AAM, il fait appel à Ch. Perriand pour coordonner les projets d’urbanisme et d’architecture des Arcs. La station ouvre à Noël 1968. La SMA assure la promotion, la gestion et l’exploitation du domaine skiable et des programmes immobiliers.

La crise financière, immobilière et de fréquentation des années 80, oblige cependant R. Godino à abandonner ses responsabilités dans la SMA, dont le capital financier est repris par un consortium de banques (Caisse des dépôts et consignations, Crédit Lyonnais, Crédit Agricole) qui privilégient alors le développement financier de la station au détriment de sa dimension sociale et culturelle. "On a désossé la station, on a tué sa gouvernance pour en faire des morceaux indépendants […] Le modèle de station intégrée que j’avais créé a été démoli et la station véritablement désintégrée" (R. Godino).